LA SEMAINE LITTÉRAIRE DE NIKÈ - 143

Depuis la semaine passée, je suis l’actualité en France. Il y a un débat sur la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon. En France métropolitaine, il y aura des célébrations et cela a même commencé. Dans les départements d’outremer, la population est réticente face à cette commémoration. Il faut aussi se rappeler que Napoléon a rétabli l’esclavage dans les colonies françaises qui par la suite sont devenues les territoires d’outre-mer. Ce débat m’a immédiatement fait penser au livre de Christiane Taubira sur l’esclavage. Dans L’esclavage raconté à ma fille, Christiane Taubira explique comment le racisme a été créé et perpétué par l’esclavage. C’est par un jeu de questions-réponses qu’elle aborde cette part douloureuse de l’histoire. Elle montre comment le racisme a permis de légitimer l’exploitation et l’asservissement des Noirs dans un but purement économique qui est l’enrichissement de l’Amérique et de l’Europe. Elle montre aussi comment l’esclavage a laissé son empreinte dans notre société actuelle : les stéréotypes, les préjugés, les représentations d’aujourd’hui sont basés sur celles d’hier. Le livre aborde la question de l’héritage et de ses conséquences. Dans une société comme la France qui a un passé colonial, le même héritage peut être source de fierté pour les uns et de souffrance pour les autres. A travers un échange en dialogue, Christiane Taubira répond à l’enfant, à toute cette génération relai, à toute cette génération relève à qui il appartient de se réapproprier l’Histoire et peut-être de mettre à jour l’ombre qui la couvre depuis des siècles. Questionner les héritages, faire tomber les barrières du camouflage, avoir la force de conviction de soulever les foudres pour remettre le thème à la lumière.

Il en va de même au Bénin. Je pense qu’il faut aussi qu’on aborde la question de notre Histoire sans complaisance pour mieux avancer. La question de l’esclavage ne doit pas être que pour les touristes. L’esclavage et le rôle qu’ont joué les différents rois doiventêtre abordés pour nous permettre de nous réapproprier notre histoire. Voici donc un ouvrage à offrir à son enfant, à son neveu, à sa nièce, à quiconque afin que le rôle essentiel de transmetteur qu’il incombe à chacun puisse recevoir une base de réflexion nécessaire. Un moyen parmid’autres qui peinent encore à se déployer de contrecarrer le piège de l’oubli et de rendre à la mémoire collective son pouvoir salvateur.

À jeudi prochain!
Christiane Taubira,
L’esclavage raconté à ma fille, Édition Philippe Rey