Paul HOUNKPE : Le général sans troupe

Paul HOUNKPE : Le général sans troupe Avec Hounkpè, on l’aura compris, la force d’un général n’est pas une question de troupe mais de chance. Le veinard, il gère, pratiquement seul, sa part du butin républicain avec heurs et lubies. La fin justifie les moyens Se retrouver dans la peau d’un chef n’est pas un parcours facile ; on a forcément eu affaire à des hommes parfois très coriaces. Et quand on a fini de triompher de tous, on peut, avec légitimité porter la parole de tout un monde, celui des invisibles, des chasseurs et des absents du territoire y compris. Le combat qui l’a consacré ne le donnait pas gagnant au départ. Il lui a fallu faire la preuve que, sous sa couenne se trouve bien un saindoux, insensible aux douleurs physique et psychique. Comme le variant delta, il a neutralisé en un éclair tous ceux qui l’ont croisé sur leur chemin. Ils en gardent encore le souvenir d’un homme difficile à manoeuvrer. Avec lui ils pensaient être amis comme cochon. A l’épreuve de la boue (de vidange), beaucoup d’entre eux se sont bien rendu compte qu’il existe des hommes qui savent être à leur aise dans des atmosphères insuportables. Evidemment, ils ont été victimes de leur méprise, en pensant sous-traiter l’opposition face à la rupture. Ils auraient pu trouver un esprit pas très brillant, qu’on pouvait manipuler à volonté. On ne saurait dire, au regard de la situation présente, si Hounkpè est ce qu’ils ont pensé de lui. Mais pour avoir mis en échec les plans d’une horde de loups politiques et s’offrir la tête du parrain comme un trophée, alors si l’homme n’est pas futé, il est alors buté. Son premier objectif, qui était d’être la tête de pont de l’opposition, est plus qu’atteint. Il peut aujourd’hui se la permettre, cette liberté d’actions et de paroles au nom des exilés, des terroristes, des résistants dans leur cœur et de ceux qui résistent du bout des lèvres. Tant pis pour ceux qui contestent sa légitimité. Qu’ils le veuillent ou pas, il est leur général. Il parlera en leur nom. Il fera des concessions et, si cela ne suffit pas, il livrera à qui de droit les récalcitrants et les terroristes dans l’âme. On doit, en effet, le comprendre, le titre qu’il porte est officiel et reconnu par les textes fondamentaux. Ce qui importe dès lors c’est la couronne. Pas le monde mobilisé autour. Les symboles de la république ont toujours leur part de réalité sociale sous-entendue. En tant que leader de l’opposition, il est appelé à gérer tout une partie de la république ; la grande majorité des Béninois qui ont une dent contre Agbonnon et surtout qui ne supportent pas la discipline stalinienne qui s’est installée. C’est une grande performance quand on tient compte des têtes fêlées qui ont aspiré à la fonction ainsi que les résistants qui ont capitalisé beaucoup d’expériences en tant que meneurs de frondes sociales. Ainsi va la vie et il n’y a pas meilleure félicité que de jouir des privilèges d’un général sans les contrainte d’une troupe. Quoique… Le coup et le théâtre Il paraît qu’il représente à lui tout seul le prototype d’une opposition vendue. Ce n’est pas totalement vrai. Hounkpè a du monde autour de sa personne. Il peut encore compter sur Gatéri Alassane Djemba, Aboubacar Yaya, Yarou et les autres qui sont de l’opposition constructive. Ses ambitions sont fermes et le palais de la Marina n’est pas forcément un mirage. Déjà, la FCBE se veut une sérieuse machine politique, une alternative à la rupture. Un workshop avec les militants assidus a permis d’asseoir l’institutionnalisation du parti autour des jetons mis à la disposition par le gouvernement. Il faut savoir être prudent quand on n’est pas payé en monnaie de singe. Il s’agit donc de donner un exemple de gestion rationnelle des hommes et des deniers publics. Ainsi, sans trop forcer son talent, Hounkpè tient, seul, le bon bout de l’histoire. Il est, et le restera quelques années encore, le seul patron légal de l’opposition. Même si, parfois, il faut faire preuve d’un talent de péripatéticien. Mais en politique c’est courant. La bonne philosophie peut provenir des lupanars. Alors, il a encore la possibilité de rester en équilibre sur sa ligne de défense. C’est d’ailleurs ce qu’il fait, de temps en temps, lors de ses rares sorties. Une ou deux phrases pour renvoyer dos-à-dos le pouvoir et l’opposition radicale. Une belle façon de consolider la démocratie, de manifester le bon fonctionnement des institutions, sans se compromettre. Et il a raison. Les temps changent. Les convictions des hommes aussi. Peut-être qu’en se sentant vieillir et en faisant le bilan, comme le chante si bien le regretté GG Vickey, certains ont retrouvé très vite la raison. Ils sont désormais nombreux à réfléchir à leur avenir dans l’opposition. Et il sait s’y prendre, Agbonnon, pour faire tomber dans la nasse de la rupture ceux qui, il y a quelques jours encore, vouaient aux gémonies son régime. Dans un pareil contexte, Paul Hounkpè, même devant le tollé général, va tenir son rôle. D’ailleurs, un devoir de représentation qui incombe à une seule personne n’a rien d’extraordinaire. C’est la finalité qui compte. Si Eric Houndété, par exemple, le souhaitait, il pourrait porter officiellement ses griefs contre la rupture devant les caméras et les médias publics. Et ce sera sans rancune. Seuls les cas de Madougou et de Aïvo échappent à ses compétences. Il est, cependant, prêt pour une révolution de l’opposition, pourvu que tout passe par lui. Tant pis pour les loosers qui clament qu’à l’évidence, Agbonnon et Paul Hounkpè sont les deux farces d’une même pièce. Du théâtre donc?