BAC A SABLE

BAC À SABLE 

Avec son taux de réussite record, le Baccalauréat 2021 ouvre très grandes les portes des universités. Un success story en marche? La crainte est que les joies laissent très vite la place au désenchantement.

Descendre comme par enchantement …
Le Baccalauréat 2021 a crevé le plafond. Des admis, il en tombe par milliers. Même ceux qui, au fond de la classe, confondaient cosinus et sinusites l’ont décroché à la surprise générale. Il se dit que c’est le social tant promis par la rupture qui a démarré sur des chapeaux de roue. Elles ne vont pas cracher dessus, les autorités gouvernementales, pour une fois qu’on leur trouve un mérite. Avoir le Bac, c’est franchir une limite invisible mais combien symbolique. Il suffit de voir la tête que font ceux qui l’ont frôlé pour en comprendre la portée. Le Bachelier, avec son parchemin, goûte au parfum de la liberté. Il vient d’échapper aux invectives des vieux professeurs teigneux et aux harcèlements des jeunes professeurs fougueux. Le bonheur est effectivement d’échapper aux tortures de certains enseignants et des répétiteurs. Il reste encore dans les collèges quelques professeurs de l’ancienne école qui égrènent leurs dernières années d’activité avant la retraite. Difficiles à convaincre par le travail et décriant sans cesse la baisse de niveau. Ils sont les plus insupportables et on ne les aurait jamais calculés si, sur leur vieilles fiches ne se trouvaient pas les théorèmes et formules tant redoutés à l’examen. Sinon les jeunes professeurs, eux, sont à peine plus âgés, avec en partage le même niveau de langue. La formation est en demi-teinte, surtout  quand ils sont parmi les reversés qui portent le dossard de l’incompétence. Le Bac, c’est définitement le certificat d’affranchissement des agissements de ces calamités des cours secondaires. Cette année, les investissements des parents et du gouvernement sont rentabilisés et tout le monde est content. Vive les vacances à plein gaz ! il va falloir, malgré tout, avoir le triomphe modeste. Les bacheliers que l’Office du bac a livrés cette année, plus que ceux des années antérieures ont besoin de faire l’introspection nécessaire pour ne pas laisser se perpétuer le cercle vicieux. Ils vont vers de nouveaux problèmes que ceux qui triment encore sur les bancs des universités n’ont pas fini de traiter. 

…dans la vallée des désenchantés
Il est évident que les nouveaux bacheliers, dans quelques semaines vont faire leur entrée dans un vieux monde. les promesses d’universités entièrement réalisées sont encore à l’étape des maquettes. Alors les grands lieux de savoir du pays ont encore leurs vieux murs, les vieux professeurs, l’Etat ne voulant plus en recruter de nouveaux, avec leurs vieux manuels. C’est à peu près la lecture qu’Agbonnon lui-même fait de l’université nationale. Voilà pourquoi il veut les "challenger". Il en a la ferme volonté. Mais cela n’empêche pas les questions nombreuses après le bac, de la filière idéale pour un emploi aux conditions d’apprentissage. Il se fait qu’à l’université les paradigmes apparaissent avec des cadres très rigides. Et les paramètres sont parfois difficiles à cerner, variant d’un enseignant à un autre. Les chauves sont les plus redoutés, suivis de près par les féministes, ces enseignantes qui ont raté leur mariage et qui règlent le compte à tout le monde sur les campus. Pour ne pas frustrer qui que ce soit, on ne doit pas faire du taux élevé de réussite, dans un contexte où le gouvernement pense sérieusement à limiter l’accès aux universités publiques, une équation à plusieurs inconnues. Tout compte fait Agbonnon, depuis qu’il a mis les enseignants du supérieur dans sa poche, sait qu’il a les coudées franches pour aller au bout de ce qu’il désire. En attendant de faire tomber le couperet, il ménage encore le bâton et la carotte. 
A la surprise générale, le gouvernement a prévu, pour l’année académique prochaine, des milliers de bourses et secours. Même les facultés qui "forment des chômeurs" comme celles des lettres, des sciences sociales et juridiques, ont eu leur quota de boursiers. Il est, en effet, plus sage d’abandonner l’idée de restriction de l’accès aux universités publiques quand on aspire à la paix. Et Agbonnon est loin d’être naïf. On ne sait pas vers quoi elle peut se diriger, une masse critique de milliers de bacheliers sans avenir et sans travail. Les laisser trainer dans les universités peut donner le temps de mieux réfléchir pour les canaliser ensuite. Tant que les amphis tiennent encore, il y a de l’espoir pour une année académique. Plus tard pour une deuxième année dans les universités, une troisième ensuite avant de comprendre qu’on a fait tout le parcours pour rien. Alors, ceux qui n’ont jamais réussi à cet examen pourront dire, eux,  que le bac n’est rien. Si c’est cette fin.